Style

12 novembre 2020

Isabelle Stanislas à L’École des Arts Joailliers

J’ai invité Isabelle Stanislas, célèbre architecte parisienne, à suivre l’atelier de laque Urushi organisé par L’École des Arts Joailliers. Voici ses impressions.

Par Sandrine Merle.

 

 

Après une brève introduction par Cécile Lugand, historienne d’art, le maître laqueur Franck Cengizalp a invité les six participants à pratiquer des techniques associées à la laque Urushi : pose des couleurs, saupoudrage d’or et mosaïque de nacre.

 

Sandrine Merle. Qu’est-ce que la laque Urushi a de si particulier ?

Isabelle Stanislas. C’est une technique ancestrale japonaise réalisée à partir de la sève récoltée en intaillant le tronc d’un arbre. Traditionnellement elle servait à protéger les objets car elle est très résistante. J’ai découvert qu’elle est utilisée pour la décoration de clips papillon de Van Cleef & Arpels.

 

S.M. Tu as rénové une salle de L’Élysée, aménagé une boutique Cartier ou encore celles de Zadig&Voltaire. Cela t’arrive-t-il d’utiliser la laque ?

Isabelle Stanislas. De façon générale, je m’intéresse énormément aux savoir-faire et j’aime comprendre la façon dont les objets sont réalisés. J’utilise la laque pour attirer la lumière, elle s’apparente à la bande de satin sur un smoking. En France, peu d’artisans maîtrisent cette technique au point que j’ai dû commencer avec des carrossiers de voiture !

 

S.M. Munie des outils traditionnels du maître laqueur, tu as donc décoré un papillon en laque noire ?

Isabelle Stanislas. Sur papier washi, j’ai dessiné un motif au gofun, une sorte de peinture blanche à base de coquilles d’huître. C’est fou la précision que cela nécessite : il faut tenir son pinceau parfaitement droit pour éviter toute bavure ou rature. Comme en calligraphie ! J’ai ensuite saupoudré mon dessin d’or grâce au funzutsu, un tube de bambou calé entre le pouce et l’index. Pas si compliqué que cela en a l’air, il faut juste avoir le coup de main ! Heureusement, Franck était là pour nous montrer…

 

S.M. Parle-moi de ton papillon ?

Isabelle Stanislas. À partir de quelques exemples de motif, j’ai composé le mien… Il évoque l’architecture de la tour Eiffel. Je me suis contentée de quelques touches de couleur car je ne suis pas très couleur, j’ai surtout privilégié les éclats de nacre : ils forment des pointillés ourlant le bas des ailes. Je ne suis pas devenue maître laqueur mais je me suis familiarisée avec cette technique… ce qui m’a donné envie de refaire un papillon !

 

S.M. Tu donnes des cours à Penninghen, une école parisienne d’arts graphiques et de design. Te voilà maintenant de l’autre côté…

Isabelle Stanislas. Je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi sympathique et décontracté. C’est tellement mignon de repartir avec son papillon. Il sera joli sur sa chaîne. D’ailleurs je vais l’offrir à ma mère dont c’est bientôt l’anniversaire et avant je vais bien sûr le montrer à ma fille !

 

Pratique de la laque japonaise Urushi à L’École des Arts Joailliers

 

Articles relatifs à ce sujet :

À lire Jean Dunand aux Éditions Norma

Les matières précieuses de l’Art déco

Articles les plus lus

Avec Tomohiro Sadakiyo chez Hum, à Tokyo

Le côté japonais de Hum, c’est le travail sur la couleur des métaux et sur les textures.

René Boivin, le mystère du bracelet "Torque"

Thomas Torroni-Levene le gardien du temple de la maison René Boivin, a voulu retracer l’histoire de ce bracelet.

Rencontre exclusive avec Shinji Nakaba, dans son atelier au Japon

En 2023, le Loewe foundation Craft prize a braqué les projecteurs sur Shinji Nakaba. Mais son travail est reconnu dans le milieu du bijou...

Les félins de Boivin

La maison René Boivin excelle dans les représentations de fleurs et les animaux. Parmi ces derniers, de magnifiques félins sont entrés dans l’histoire...

Emmanuel Tarpin, joaillier des ombres et lumières

Emmanuel Tarpin n’a pas cherché à faire écho aux magnifiques orchidées de Tiffany & CO. ou à celles de René Lalique, réalisées il y a plus d’un...

Giorgio B. par Giorgio Bulgari, la haute joaillerie en héritage

Avant de revenir sur le travail de Giorgio Bulgari, clarifions les choses : oui, il est un membre de la famille Bulgari. Il représente la quatrième...