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16 avril 2018

Henri Vever, joaillier de l’Art nouveau

Le nom d’Henri Vever a été éclipsé par celui de René Lalique. Et pourtant ce joaillier parisien est un acteur majeur de l’Art nouveau.

 

La maison Vever, qui a définitivement fermé en 1982, a eu ses heures de gloire au tournant du XXème siècle. Issus d’une lignée de joailliers originaires de Metz, les frères Paul et Henri Vever étaient installés rue de la Paix. Ils ont obtenu des prix dans toutes les grandes expositions de l’époque, à Moscou, Bruxelles, Chicago et à l’exposition universelle de Paris en 1900 (avec des bijoux dessinés par Eugène Grasset). Et ils ont compté des clients internationaux prestigieux comme le Shah de Perse, Alexandre III, Sadi Carnot ou de grands entrepreneurs américains du gilded age.

 

Henri Vever, joaillier

Le Musée des Arts Décoratifs possède une centaine de pièces de la maison Vever, données en 1924 par Henri Vever lui-même (en même temps que son exceptionnelle collection de 250 bijoux français allant de la Révolution à 1900). Ce joaillier qui participe à l’émergence du bijou moderne excelle dans l’art de l’émail et utilise la corne, l’ivoire, l’opale. Mais de façon moins puissante que René Lalique (qui a travaillé pour lui jusqu’en 1898). Il conserve ce que « certains appellent le préjugé de la pierre précieuse » (Evelyne Possémé conservatrice au Musée des Arts décoratifs et de la galerie des Bijoux dans le livre « Maîtres Joailliers »). Henri Vever s’inspire aussi de la nature mais ne va pas jusqu’à convoquer de créature inquiétante ou une nature flétrie. Contrairement à René Lalique encore, il ne s’affranchit jamais de la tradition et reste préoccupé par la portabilité.

 

Henri Vever, collectionneur

Le joaillier a sans doute aussi été éclipsé par d’autres facettes de sa personnalité. Curieux, il se passionne pour son époque. Il est un amateur d’art reconnu et un collectionneur de très haut niveau. Il a rassemblé des bijoux mais aussi des pièces anciennes, des miniatures persanes et mogholes, des livres rares, etc. Dès les années 1880, il achète des œuvres impressionnistes (Monet, Sisley…) dont certaines sont aujourd’hui au musée d’Orsay ou à la National Gallery à Washington. En même temps, il s’enthousiasme pour les estampes japonaises de l’époque Edo et surtout celles d’Hokusai et d’Hiroshige dénichées chez les marchands comme Hayashi et Siegfried Bing. Quelques-unes firent partie de la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé.

 

Henri Vever, chroniqueur et historien

Il a un autre talent, il écrit beaucoup (parfois sous le pseudo de Maud Ernstyl), des carnets personnels, des préfaces, des catalogues et surtout « La Bijouterie française au XIXe siècle », ouvrage chronologique en 3 tomes considéré comme une référence. De 1800 à 1900, il y décrit l’évolution du bijou au gré des changements socio-économiques, raconte la vie des ateliers et explique les nouvelles techniques joaillières et leurs applications. Il rapporte l’atmosphère des expositions et commente le travail de ses concurrents comme Fouquet, Falize, Froment-Meurice, Chaumet ou Boucheron. En plus d’être un ouvrage de référence sur le bijou, il l’est également sur son époque car le joaillier est un mondain qui émaille son récit d’anecdotes vivantes et personnelles, parfois amusantes. On a l’impression d’y être.

 

Pour Evelyne Possémé, « le nom de Henri Vever serait certainement tombé dans l’oubli s’il n’avait été l’auteur de cet ouvrage essentiel. »

 

A lire, « Henri Vever, Champion de l’Art Nouveau » (Willa Z. Silverman)

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