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16 février 2018

Olivier Segura, directeur du Laboratoire Français de Gemmologie

Cet expert nous éclaire sur ce qui fait la valeur d’une pierre et l’état actuel du marché.

 

Quel est le rôle du Laboratoire Français de Gemmologie ?

Le LFG identifie les pierres et les perles que nous confient les joailliers dont ceux de la place Vendôme. Il délivre un certificat scientifique, garantie de la qualité de la matière, qui mentionne les dimensions, traitements, formes et couleurs de chacune. Aucune erreur n’est permise : les informations doivent être inopposables. Nous en délivrons 20 par jour en moyenne. Chaque année, plusieurs milliers de pierres isolées et des centaines de milliers en mêlés sont analysées.

 

Le Laboratoire Français de Gemmologie est le plus ancien du monde ?

Oui, il est né en 1929, quelques années après l’Exposition universelle où Mikimoto a présenté sa perle de culture. Une invention qui a déconcerté les 300 négociants en perles fines (c’est-à-dire naturelles) alors installés entre les numéros 1 et 100 de la rue Lafayette ! A cette époque, le monde entier venait chez eux pour s’approvisionner. Pour les aider à détecter ces perles de culture, ils ont demandé à la Chambre Syndicale du Diamant de mettre au point de nouvelles techniques d’analyse. A la suite de quoi, cette dernière est devenue le Laboratoire Français de Gemmologie.

 

Certifier une pierre de couleur est beaucoup plus complexe qu’un diamant, pourquoi ?

En ce qui concerne le diamant, le système de gradation est basé sur l’absence de couleur. Aucune ambiguïté possible : moins il y en a, mieux c’est. Pour la pierre de couleur, il n’existe aucun système de gradation uniformisé entre pays et acteurs de la profession. Certains préfèrent un rubis rouge avec une pointe d’orange, de brun ou de rose. D’autres ne jurent que par le rouge pur et intense que des laboratoires, poussés par les négociants, nomment sang-de-pigeon. Ce terme sert tout simplement à mieux vendre… Nous avons décidé, en concertation avec les joailliers de la place Vendôme, de ne pas l’utiliser car notre rôle consiste aussi à protéger le consommateur.

 

Vous estimez que certaines données du certificat revêtent parfois trop d’importance…

Pourquoi achète-t-on une pierre : pour se faire plaisir ou la mettre dans un coffre en attendant de la revendre ? Le certificat a beau mentionner la plus belle provenance, il ne faut pas oublier les affinités avec une pierre et l’émotion qu’elle procure. Prenez un rubis birman non chauffé non traité : il est le nec plus ultra sauf… si son rouge est trop pierreux. Concernant le diamant, cela vaut parfois le coup de tolérer un peu de luminescence qui ne change pas la couleur et a l’avantage de faire baisser le prix. On peut donc avoir une plus grosse pierre !

 

Que faut-il retenir en matière de géopolitique des pierres ?

Travailler avec Madagascar et le Sri Lanka reste compliqué. L’Afrique se positionne comme un producteur incontournable de pierres de couleur de très belle qualité. Les émeraudes de Zambie et les rubis du Mozambique font peu à peu oublier son image liée aux diamants du sang. On y a découvert aussi des gisements de très belles tourmalines bleues et vert mint ainsi que des grenats Spessartites orange. Une aubaine pour les créatifs car il existe peu de gemmes de cette couleur ! Du coté de la Birmanie, le boycott étatique des États-Unis et de l’Europe a enfin été levé sur les rubis et les jades. Mais il y a quelques semaines, suite aux persécutions de Rohingyas, Cartier et Tiffany&Co ont soudain décidé un embargo, probablement sous la pression d’ONG. C’est une première, jamais des marques n’avaient pris une telle décision sans concertation !

 

Quel est LE sujet du moment ?

Le diamant synthétique. Doté des mêmes propriétés physiques, optiques, chimiques que le diamant extrait de la terre, il suscite énormément d’inquiétude et d’interrogation. Apparu au début des années 50, il n’était jusqu’à présent utilisé qu’en électronique, pour les abrasifs, les bistouris ou encore les missiles. Dans les années 80-90, un diamant de synthèse se montrait sous le manteau car il était rarissime et faisait maximum 2×2 mm ! Aujourd’hui il est affreusement banal mais les fabricants ont réalisé que la joaillerie était un débouché plus facile et rapide que celui de l’industrie avec ses projets à 10-20 ans. J’estime que c’est une aberration d’indexer son prix sur celui du diamant naturel ! Est-ce que c’est le cas pour la vanille ? Non, la vanille de synthèse est vendue à la tonne comme devrait l’être ce bout de carbone cristallisé en laboratoire.

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