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20 septembre 2020

« Le dessin sans réserve » au MAD

Parmi les 500 dessins présentés au fil d’un abécédaire, ceux des bijoux ne sont montrés ni à la lettre B, ni à J… Rendez-vous à R et S pour Recevoir et Séduire.

Par Sandrine Merle.

 

 

Cette exposition présente pour la première fois le fond de dessins du MAD. « Ce fond de 200 000 feuilles du XVe au XXIe siècle, l’un des plus riches au monde, est loin d’avoir été entièrement étudié et inventorié », explique Bénédicte Gady commissaire de l’exposition et conservatrice du patrimoine en charge du Département des Arts Graphiques. Le parti pris de l’abécédaire permet de montrer la variété et la profusion de ces dessins d’architecture, de jardins, de porcelaine, de mode, etc. La plupart ont été donnés par les producteurs et les artistes eux-mêmes.

 

Le fond des dessins joailliers

A l’entrée, une immense carte indique par des cercles de différentes tailles l’importance des fonds : pour le bijou, les plus riches sont ceux de Templier, Robin (maison connue à la fin du XIXe siècle puis tombée aux oubliettes), Dusausoy ou encore de Gaston Chopard (ancêtre de Caroline Scheufele). Le plus important reste celui de la maison Fouquet, fondée à la fin du Second Empire par Alphonse, auquel a succédé son fils Georges (connu pour ses collaborations avec des artistes comme Mucha ou Cassandre) puis son petit-fils, Jean. A eux trois, ils ont donné 20 000 feuilles dont plus de la moitié dort encore dans de grosses boîtes entassées dans les réserves…

 

Le dessin joaillier, une œuvre en soi 

Réalisé à l’aquarelle, à la gouache ou encore au graphite sur calque, le dessin joaillier est avant tout un outil servant à indiquer mesures, matières et parfois annotations aux artisans chargés de sa réalisation. Et pourtant, elles s’apparentent à des œuvres d’art ! La finesse des détails de l’aigrette « cosse-de-pois » du début du XVIIe siècle (le plus ancien) fait écho à celle du devant-de-corsage représentant des lys du XVIIIe siècle. Les dessins de 1925-30 du peintre Léveillé, de l’architecte Eric Bagge ou encore de l’affichiste Cassandre, sont de véritables peintures cubistes. L’un des plus extraordinaires est celui d’une paire de clips de Janine Dusausoy : le travail d’ombres, si subtil, est obtenu grâce à la superposition de papiers teintés. Même la signature est stylisée !

 

Fouquet, du dessin au bijou fini

« Les feuilles données par les Fouquet permettent de faire des rapprochements avec les bijoux appartenant à la galerie des Bijoux du musée », explique Florent Guérif étudiant, chercheur en histoire de la bijouterie en train de préparer une thèse sur cette dynastie de joailliers. L’exemple le plus intéressant est la sphinge sculptée dans de l’or tenant une montre dans le goût de la Renaissance. Ce bijou est accompagné de toutes les étapes de création du dessin au plâtre gardant son empreinte en passant par le gouaché, ce qui est particulièrement rare et permet de voir la simplification pour des questions techniques ou de coût. À admirer sans réserve.

 

« Le dessin sans réserve » jusqu’au 31 janvier 2021 au Musée des Arts Décoratifs

 

Image en bannière : Alphonse Fouquet – Châtelaine « Sphinge » en or / Projet au graphite et gouache sur deux papiers raboutés / Traces de compas et graphite sur papier calque / Graphite et gouache sur papier vélin – 1878 © MAD, Paris Photo Christophe Dellière

 

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