Style

13 janvier 2016

Éloge de l’intaille par Marc Auclert

Le créateur Marc Auclert a une prédilection pour l’intaille, pierre sculptée en creux qu’il monte en bijoux contemporains. Il revient sur son histoire millénaire.

L’écriture, couplée au langage, constitue le socle de l’intelligence humaine. À son origine, on trouve le commerce et… les intailles ! En effet, au cœur de l’Anatolie et de la Mésopotamie du Ve millénaire avant notre ère, est inventé le sceau de pierre gravé d’un motif, utilisé pour sceller les cachets d’argile des sacs de marchandises échangées : le motif du sceau deviendra « signifiant » et sera la source du mot écrit.

La glyptique, c’est-à-dire la gravure sur pierres, est ainsi un des arts les plus anciens. On distingue les intailles, dont le motif est gravé en dépression, c’est-à-dire en creux dans la matière, des camées, dont le motif apparaît en relief sur un fond plat. La technique ancestrale, qui n’évoluera qu’à l’apparition des outils mécanisés, emploie une meule reliée à un tour à main ou à pied, de la poudre abrasive et de l’eau. La pierre, dure ou fine, opaque, translucide ou transparente, n’est pas sculptée, mais réellement polie suivant des motifs dont l’ensemble formera une représentation. Cet artisanat nécessite une dextérité incroyable : les surfaces sont des plus petites, les matières fort dures ; le travail s’exécute à l’aveugle sous une pâte abrasive opaque, donc par tâtonnements ; enfin le motif est développé à l’inverse, l’endroit étant l’image qui sera imprimée dans l’argile puis la cire.

Fascination devant la discrète mais vraie prouesse… Tenir dans sa main une intaille romaine en cornaline orange gravée d’une représentation mythologique ou guerrière et se laisser envahir par la compréhension de l’aventure. Se rendre compte de l’incroyable accumulation de talents et de labeurs investis : travail du producteur de pierres (les cornalines étaient extraites et chauffées en Inde du Nord), expédition du commerçant au long cours (tant de déserts, de mers et de cités), arts du graveur et du bijoutier qui l’a sertie en un trésor… Enfin rêverie quant au détenteur initial : qui fut-il ? Que furent sa vie, ses joies et ses peines ?

Et oui, lorsque je caresse ces sobres intailles calées dans le creux de ma paume, je me laisse aller à fantasmer à toutes ces aventures et je tente d’entendre toutes les histoires qu’elles chuchotent.

Écrit par Marc Auclert.

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