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03 novembre 2017

« Touaregs » au musée des Confluences

Cette exposition met en lumière les bijoux de ces tribus nomades du Sahara. Parfois associés à des bijoux de pacotille dans l’imaginaire collectif, ils sont pourtant d’une grande richesse.

Cette exposition comprenant 280 objets est principalement réalisée à partir de la donation de Jean Burner, expert-comptable en Afrique subsaharienne et président de l’association Masnat (facilitant la sédentarisation des Touaregs du Niger). Soucieux de préserver une esthétique identitaire en voie de disparition, Jean Burner a racheté aux forgerons, durant la deuxième moitié du XXe siècle, des bijoux usés destinés à être fondus pour en créer de nouveaux.

 

Une esthétique graphique

Elle correspond aux valeurs de la société touareg, à savoir la simplicité et le mouvement. Formés par des triangles, des carrés et des losanges, la plupart des colliers, bagues et bracelets sollicitent l’ouïe : ils prennent vie grâce à des franges, des grelots et autres éléments articulés se mettant en mouvement lors des déplacements à dos de dromadaire. « Cette évocation du mode de vie nomade se retrouve aussi avec le shatshat, premier bijou reçu par la jeune fille, et dont la sonorité du nom mime le bruit des pendants s’entrechoquant », explique Marie Perrier, chargée des collections du musée.

 

L’argent prédomine

L’argent, obtenu à partir de la fonte des pièces européennes qui servaient aux échanges, est en adéquation avec les mêmes principes : il est précieux sans être ostentatoire. Il se décline en nuances riches et variées, allant du rouge au jaune grâce aux alliages avec le cuivre ou le laiton. Il y a peu de pierres exceptées quelques jaspes, cornalines et des perles de verre ou de plastique pour les bijoux les plus récents. Une pièce témoigne de la montée en puissance de l’or jaune : « Cette mode est arrivée dans les villes avec les hommes qui revenaient de Libye ou d’Arabie Saoudite », décrypte Marie Perrier. Les jeunes femmes y ont aussi vu une valeur plus stable que celle de l’argent, en cas de divorce.

 

Des bijoux emblématiques

La croix d’Agadez est immédiatement associée à la culture touareg tout comme la clé de voile. À l’origine, cette dernière était le cadenas des sacs de la tente, propriété des femmes car les sociétés touareg sont fondées sur le matriarcat. Pour ne pas la perdre, ces dernières avaient l’habitude de l’accrocher à un coin de leur voile puis de la rejeter dans le dos, s’en servant ainsi comme d’un contrepoids. Petit à petit, cette clé, dont la grosseur et la teneur en argent étaient proportionnelles à la richesse de sa propriétaire, a perdu sa fonction utilitaire pour se porter dans les cheveux ou en pendentif.

 

L’impact de l’Occident

Confrontés au chômage, aux conflits ou encore à la sécheresse, ces nomades du Sahara ont adapté leurs pièces aux goûts des touristes. Dans un film réalisé pour l’exposition, on découvre que chacune des vingt-et-une croix portant un nom de ville, réunies dans un tableau, n’ont été inventées que pour satisfaire leur demande. À l’origine, il n’y en avait qu’une : celle d’Agadez. À l’inverse, les marques occidentales ont repris l’esthétique de ce style comme le montrent les bijoux d’Ombre Claire et d’Hermès. La réinterprétation de la maison parisienne, en 1992, est la plus juste qui ait jamais été faite. Elle ne trahit aucun des codes. Réalisée par un forgeron local, elle sublime la rudesse du cuir et sophistique la sobriété de l’argent. Un bel hommage pour clôturer l’exposition.

 

« Touaregs » au musée des Confluences, Lyon – Jusqu’au 4 novembre 2018.

 

Photo en bannière © Marie Planeille

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