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07 septembre 2019

Lacloche, un livre et une exposition

Lacloche, l’un des joailliers français disparus de la mémoire collective, est, pour la première fois, au centre d’une exposition et d’un livre réalisée et écrit par Laurence Mouillefarine.

Par Sandrine Merle.

 

 

Sandrine Merle. Pourquoi ce joaillier, né à la fin du 19e siècle et très connu des professionnels, a-t-il disparu de la mémoire collective ?

Laurence Mouillefarine. Lacloche, fondé par quatre frères, avait la dimension de Cartier mais il n’a existé que pendant 7 décennies. La maison a d’abord fait faillite en 1931 car le fils de l’un d’entre eux a tout perdu au jeu. En 1935, un neveu, Jacques, a ressuscité l’affaire avec succès avant de la fermer définitivement en 1967 pour se consacrer à l’art contemporain. C’est le fils de ce dernier, Francis, qui a eu l’idée du livre (édité par Norma) qui, à son tour, a donné naissance à une exposition. Le tout grâce au soutien de L’École des Arts Joailliers.

 

S.M. Vous comparez Lacloche à Cartier ?

L.M. Comme Cartier, Lacloche a participé à la célèbre exposition de 1925. Il était installé au 15, rue de la Paix (juste à côté de Cartier, au 13) avec également des bureaux à Londres et à NYC. Il avait les mêmes ateliers de fabrication et les clients étaient tout aussi prestigieux. Parmi eux, figuraient la duchesse de Westminster, Édouard VII, les Rothschild, Elsa Schiaparelli, Florence Gould ou encore le roi du Siam, les maharadjas de Jaïpur et de Kapurtala.

 

S.M. A un moment, vous désespériez de découvrir des archives…

L.M. Lacloche est partout mais je ne découvrais rien malgré des heures de recherches, la plupart des documents ayant été jetés ou dispersés aux enchères. Quand enfin, lors de notre visite au musée des Arts décoratifs, Véronique Ristelhueber (co-auteure) et moi avons découvert un catalogue commémorant les 50 ans de l’exposition de 1925 : il comprend deux albums de gouachés décrits à la main, l’un avec 63 bijoux et boîtes, l’autre avec 21 pendulettes (fabriquées par Verger). Après une véritable chasse aux trésors, je les ai enfin découverts chez un collectionneur new-yorkais… Un miracle, j’allais enfin pouvoir écrire ce livre ! J’en aurai pleuré de joie.

 

S.M. Lacloche a-t-il été un précurseur ?

L.M. Les bijoux toujours dans l’air du temps sont impossibles à dater avec précision, faute d’archives. De plus, il se fournissait en dessins chez les mêmes artisans que autres joailliers de son époque (Verger, Pery, Langlois ou encore Allard et Meyer) qui vendaient parfois le même à plusieurs d’entre eux ! Cela ne me permet pas d’affirmer avec certitude que Lacloche était un précurseur… Cependant la poésie et la réalisation d’une extrême délicatesse sont inimitables.

 

S.M. Lacloche a quelques magnifiques spécialités.

L.M. Oui comme la technique dite « au petit point », une dentelle de platine rebrodé de roses en pierres précieuses évoquant un canevas de tapisserie. Il excelle aussi dans les boîtes (minaudières, vanity cases, étuis à cigarettes) : d’une infinie préciosité et d’une incroyable diversité, elles sont allongées, octogonales, taillées dans du cristal de roche, ornées de chrysanthèmes en relief, recouvertes de laque tonkinoise, avec un intérieur en argent semé de motifs en émail. Certaines se déploient en triptyque, d’autres comme une enveloppe. En 1924, la scène d’une pièce de théâtre en dit d’ailleurs long sur leur qualité : alors que l’héroïne sort un étui à cigarettes, son interlocuteur demande si c’est un Cartier ; ce à quoi elle répond : non, Lacloche et je l’ai depuis de nombreuses années.

 

S.M. Que va-t-on découvrir dans cette première exposition ?

L.M. Dans un ordre chronologique et thématique, 70 objets illustrent le naturalisme de 1900, la joaillerie en platine, les années 20, etc. Au centre, 15 pièces apparaissent dans une mise en scène évoquant l’exposition de 1925.

 

S.M. Des archives sur Lacloche restent-elles à découvrir ?

L.M. La sortie du livre pourrait permettre d’en révéler davantage comme cela a été le cas pour Raymond Templier. A suivre donc.

 

Exposition du 23 octobre au 20 décembre 2019 à L’École des Arts joailliers

Acheter la monographie « Lacloche Joailliers » aux Éditions Norma

 

Image en bannière : bracelet en platine, diamonds et roses en cabochon de rubis © Christie’s

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