L'invité

13 avril 2016

Selim Mouzannar, la modernité de l’Orient

Né dans une famille beyrouthine originaire de Damas, Selim Mouzannar propose des bijoux empreints de son histoire et faciles à porter.

 

Comment en es-tu venu à créer des bijoux ?

C’est une longue histoire. Mon arrière-grand-père était bijoutier, mon grand-père l’était aussi, tout comme ses cinq garçons. Ma famille est à l’origine du souk des bijoutiers de Beyrouth, installé à la place des écuries ottomanes. Malheureusement il est aujourd’hui détruit. Quant à moi, je ne voulais pas perpétuer la tradition, je voulais devenir journaliste…

 

Le souk des bijoutiers est un lieu magique.

Dès l’âge de 9 ans, je passais des journées entières dans la boutique de mon père où planait une odeur d’encens, censé chasser les mauvais esprits et éloigner les voleurs. Je regardais et j’écoutais les clients qui, à Beyrouth, dans les années 70, venaient d’Europe, d’Amérique, d’Afrique. Je m’installais à côté du fondeur qui activait son soufflet à manivelle au-dessus des flammes. Je courais porter des bijoux dans les ateliers des graveurs et des sertisseurs. Je connaissais ce souk des bijoutiers comme ma poche.

 

Tu connais toutes les facettes du métier, où les as-tu appris ?

Chez le joaillier libanais Mouawad, en Arabie Saoudite, où j’étais responsable du stock, du laboratoire et de la production. Je voyais autant de pierres en un jour que j’en vois, aujourd’hui, en un an. Je parcourais les palais moyen-orientaux avec des plateaux remplis de joyaux que les princesses achetaient en un clin d’œil, à toute heure du jour et de la nuit. J’ai aussi monté un atelier de joaillerie à Bangkok. Puis j’ai passé plusieurs mois dans les mines à ciel ouvert de rubis, en Birmanie. J’ai finalement décidé de lancer ma marque à partir des années 90.

 

Tu voues une véritable passion aux pierres.

Je me souviens d’un rubis birman non chauffé de 15 carats ou d’un saphir de 100 carats… J’aime toutes les pierres, mais j’ai une prédilection pour celles que l’on nomme fines : l’alexandrite, la zultanite, l’apatite au centre de la collection Hydra, la morganite. Le soir, quand j’étais en Arabie Saoudite, je me penchais sur le microscope et je naviguais pendant des heures, dans les émeraudes, les saphirs, les rubis birmans… J’observais alors la cristallisation, les inclusions comme les ailes de papillon du saphir. J’aime la facette scientifique de ce monde extraordinaire, fait de couleur et de lumière. L’un de mes endroits préférés est le MIM, à Beyrouth, un musée unique dans le monde où sont présentés des spécimens exceptionnels.

 

Comment définis-tu ton style ?

Mon style est concentré dans ma première collection Beirut, lancée en 2005. Emblématique, la monture reprend les arcades des bâtiments anciens sur lesquelles sont serties les pierres. La lumière passe subtilement à travers les motifs ajourés. Je privilégie les couleurs douces comme le saphir bleu pastel ou la morganite rose poudré. J’aime mélanger les couleurs d’or, les tailles brillant, 8/8 ou rose cut qui réfracte la lumière en douceur. Les pierres ne brillent pas trop. Cette collection Beirut, comme celle que j’ai nommée Kastak, inspirée par les chaînes de montre évoquent le souk de mon enfance, les bijoux ottomans. Les tendances ne sont jamais ma priorité.

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