L'invité

25 septembre 2017

Betony Vernon, anthropologue sexuelle

L’artiste américaine explore le plaisir des sens grâce à des bijoux et des objets érotiques. Certains sont visibles dans l’exposition « Medusa » au musée d’Art Moderne, où elle fera un happening, le 28 septembre prochain.

 

Pouvez-vous nous parler de la Boudoir Box, cette malle en cuir dans laquelle sont exposées une quarantaine de vos pièces…

C’est la première fois que je la dévoile au grand public. Je l’ai conçue il y a 18 ans pour faire voyager mes collections avec élégance car à l’époque, aucune boutique ou galerie n’osait proposer mes rosebuds, suspensions, dildos, fouets et autres accessoires de bondage. En voyage, ma Boudoir Box a provoqué tant de situations insolites que je pourrais écrire un livre ! Je n’ai qu’un seul regret dans ma vie : qu’elle n’ait pas été photographiée par Helmut Newton comme il le souhaitait pour T Magazine. Sa santé l’en a malheureusement empêché… Aujourd’hui, je ne voyage quasiment plus avec elle car depuis le 11 septembre c’est devenu compliqué et j’ai un showroom à Paris, où je reçois sur rendez-vous.

 

Vous vous définissez comme une anthropologue sexuelle…

Pourquoi y a-t-il autant de tabous liés à la sexualité alors que nous en sommes tous le résultat ? Ma mission est surtout de lutter contre celui lié au plaisir. J’œuvre à révéler les sens notamment au travers du rituel, notion essentielle séparant le profane du sacré, l’ordinaire de l’extraordinaire. Je me définis comme un designer industriel. Mes bijoux s’inscrivent dans une démarche globale tout comme les meubles et les intérieurs que je dessine. En ce moment, je travaille sur un service de table et sur le prochain restaurant d’un chef étoilé. Je rêverais de dessiner une voiture !

 

Quand cette « mission » a-t-elle commencé ?

Le jour où je portais une manchette munie d’une chaîne reliée à une bague et que j’ai glissé cette dernière au doigt de mon ami. Le courant électrique alors déclenché entre nos deux corps m’a donné l’idée de la première collection « Sado-Chic », en 1992. J’ai ensuite organisé des salons à Londres, chez Soho House London et Coco de Mer. Lors de ces réunions de quarante personnes, j’explore la façon d’utiliser les objets, les savoir-faire et la créativité nécessaire à une relation. Sinon elle s’étiole, c’est biologique : le corps s’habitue aux odeurs de l’autre. J’ai ensuite écrit La Bible du Boudoir traduit dans sept langues et vendu à 90 000 exemplaires. Il est disponible en e-book mais c’est surtout un livre de chevet à garder à portée de main.

 

Ce sont des objets très luxueux…

En argent et en or parfois pavés de diamants, ils ne sont pas de ceux qu’on oublie sous un lit ! Certains sont en édition limitée et numérotée. J’utilise des plumes de paon ou d’autruche, de l’argent repoussé pour mieux appréhender un manche figurant le sexe masculin. Les cordes de la collection « Noble Knots » sont en or et argent tressés avec des microfibres grâce à une machine utilisée dans les années 1950 pour faire des bas.

 

Ces bijoux érotiques ne sont destinés qu’à l’intimité ?

80% des 400 pièces composant mes collections ont une double fonction. Certains contribuent au bien-être quotidien comme la bague « Sensual Spheres » : vous pouvez masser une épaule ou le front en cas de migraine. Introduites dans le vagin, les « Ben Wa Balls » permettent de renforcer le muscle après un accouchement. Et quelques-uns ne sont que décoratifs comme les boucles d’oreilles « Sado-Chic ». Angelina Jolie et Christina Aguilera sont des collectionneuses qui les portent ouvertement.

 

Vos bijoux ont été présentés à la triennale du design à Milan, au Victoria & Albert Museum et au MUDAC. En quoi consiste votre happening Theta Rig, au musée d’Art moderne ?

Ce qui n’empêche pas Instagram et Facebook de me catégoriser comme sex shop… Au sein d’une structure métallique munie de lanières en cuir inspirée par le bondage, je suspends un corps à l’horizontal pour le détendre jusqu’à l’amener à l’état theta. Un état dans lequel le cerveau produit des ondes comparables à celle d’un état de transe, de méditation ou d’orgasme. Le public pourra ressentir les effets de cette expérimentation physique et le vivre lui même, très bientôt.

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