Style

05 octobre 2022

Cofalit : la « dernière matière » de Boucheron

La nouvelle collection capsule « Jack Ultime » est en or, diamants et Cofalit, une matière noire issue de déchets industriels. Aux antipodes du précieux.

Par Sandrine Merle.

 

 

Sous sa forme brute, la Cofalit ressemble à du charbon de bois. Une fois polie et taillée, on dirait de l’obsidienne. Obtenue à partir de déchets industriels (dont de l’amiante) vitrifiés c’est-à-dire chauffés à 1400°C afin de rendre la matière inerte (inoffensive), la Cofalit est généralement enfouie dans la terre. Dans le meilleur des cas, elle est utilisée, après concassage, comme sous-couche routière. « Valoriser ce qui ne peut plus avoir aucune autre utilisation, ce que l’on nomme une matière dernière, me permet d’interroger la notion de précieux », explique Claire Choisne directrice artistique de Boucheron. Une démarche d’upcycling qui était jusqu’à présent celle de créateurs d’avant-garde comme Bernard Schobinger avec ses tessons de bouteilles.

 

Matières à expérimentation

Depuis son arrivée chez Boucheron, Claire Choisne a trouvé maintes matières à expérimentation. Il y a eu des collections en résine de jean, en céramique holographique obtenue en collaboration avec Saint-Gobain grâce à une pulvérisation à chaud d’oxydes de poudres d’argent et de titane ou encore en Aérogel, une matière composée à 99,8% d’air (le reste étant de la silice) utilisée par la NASA pour capturer la poussière d’étoile. Certaines, fragiles, n’ont été proposées qu’en haute joaillerie. La Cofalit, elle, n’est pas du tout commercialisée car on manque encore de recul sur son évolution dans le temps, les tests ne sont pas terminés. La résine de jean non plus car, dans le temps, elle peluche. Mais c’est en cours.

 

« Contemplation » chez Boucheron, un instant de grâce

 

« Précious for the Future »

Chez Boucheron, la Cofalit répond parfaitement à la volonté de se développer autour du sustainable : elle est présentée juste au moment où Hélène Poulit-Duquesne CEO de la maison sort son premier rapport d’impact intitulé « Precious For The Future ». Sourcing des matières premières (la maison utilise 95% d’or recyclé et 5% d’or issu de mines responsables), logistique, inclusion et diversité, etc. : autant de sujets sur lesquelles elle a « avancé à marche forcée » depuis son arrivée en 2015 pour faire de Boucheron le chef de file en joaillerie. Aujourd’hui elle et Claire ont aussi recruté, chacune, une spécialiste de ce sujet pour travailler à leurs côtés.

 

« Cette démarche radicale est un micro geste pour la planète et évidemment cela ne va pas la sauver », déclare le duo. Elles espèrent pourtant inspirer d’autres créateurs et maisons pour que se crée à moyen terme, une filière.

Articles les plus lus

Emmanuel Tarpin, joaillier des ombres et lumières

Emmanuel Tarpin n’a pas cherché à faire écho aux magnifiques orchidées de Tiffany & CO. ou à celles de René Lalique, réalisées il y a plus d’un...

Giorgio B. par Giorgio Bulgari, la haute joaillerie en héritage

Avant de revenir sur le travail de Giorgio Bulgari, clarifions les choses : oui, il est un membre de la famille Bulgari. Il représente la quatrième...

Anna Hu, la technicité d’une haute joaillerie Made in France

Les bijoux de la créatrice Anna Hu sont aussi beaux que spectaculaires. Ils sont aussi très techniques… Pour elle, les faire fabriquer à Paris s’est...

René Boivin et Suzanne Belperron, les inséparables

Les gardiens du temple de René Boivin et Suzanne Belperron incarnent aujourd’hui le rapprochement de ces deux maisons qui, l’une sans l’autre, ne...

Défilés Spring/Summer 24, obsession bijou

Le bijou couture fait son grand retour. Passage en revue des spécimens les plus surprenants des défilés Printemps/Été 2024.

Simone Rocha, une perle rare

Simone Rocha maîtrise la brillance du cristal et de la perle à la perfection car elle sait les doser en fonction de leur indice de réfraction, à savoir...