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17 mars 2020

Rencontre avec les acheteuses bijou du Bon Marché

Rencontre avec Marie Lassagne, Carole Falewee et Mony Deswelle, les trois acheteuses du département bijou du Bon Marché, l’un des plus prisés dans le monde.

Par Sandrine Merle.

 

 

Que représente le secteur bijou au Bon Marché aujourd’hui ?

Ce secteur bijou, mis en place il y a 13 ans, accueille une cinquantaine de marques avec des bijoux allant du plus accessible au plus précieux. Nous faisons le grand écart entre les joailliers de la place Vendôme comme Chaumet et des créateurs comme Selim Mouzannar, Nadine Ghosn, Charlotte Chesnais ou Atelier Paulin. Ils sont nombreux à être français car Paris reste un formidable vivier.

 

Qui sont les clientes ?

Ce secteur, principalement dédié à la clientèle locale, connaît une jolie croissance avec des fidèles qui reviennent parfois 2 fois par mois. Elle aime la joaillerie gourmande en pierres de couleur mais nous essayons aussi de les surprendre ! Les clientes de la mode s’y intéressent de plus en plus. Comme toutes adorent se retrouver entre elles et discuter bijou, nous les accueillerons bientôt dans nos Salons Particuliers (situés dans les anciens bureaux de la famille Boucicaut) : au programme, des rencontres avec les créateurs ou des masterclasses sur le diamant, par exemple.

 

Comment sélectionnez-vous les créateurs ? Car tous rêvent d’être au Bon Marché…

On essaie d’en rencontrer un maximum mais ne l’oublions pas, le Bon Marché est le plus petit des grands magasins : une marque qui entre, c’est forcément une qui sort. Même si nous suivons notre intuition et nos envies, nous devons rester rationnels en privilégiant ceux qui fonctionnent déjà bien. En général, une seule saison suffit pour le savoir. Les expositions permettent aussi de faire émerger rapidement des noms comme ça a été le cas pour Maison Violette et Atelier VM.

 

Vous estimez que le marché du bijou est difficile, qu’entendez-vous par là ? 

C’est un secteur très concurrentiel avec pléthore de marques mais aussi nombre de discounters qui pénalisent ces marques avec leurs copies. Il faut du cash flow et beaucoup de qualités : un mental d’acier, savoir s’entourer notamment d’un bon gestionnaire ou encore aller à la rencontre des clientes, très demandeuses. Malheureusement peu de créateurs osent le faire, notamment les femmes, alors que cette expérience est riche d’enseignements pour la création notamment.

 

Justement quel est votre rôle, comment travaillez-vous avec les créateurs ?

Le dépôt de bilan d’Ofée nous a beaucoup surprises car son style et ses prix étaient bien positionnés. Il nous a fait réfléchir sur la façon de soutenir encore davantage nos créateurs en travaillant main dans la main avec eux pour les faire évoluer, leur montrer d’autres chemins. Il peut s’agir d’un pop-up store, d’une réflexion créative lors d’expositions comme « So Punk Rive gauche » ou « À deux c’est mieux », d’une initiation à la mode grâce à notre bureau de style, etc. Nous les aidons aussi dans la gestion de leur production, la constitution de leur book commercial, etc.

 

Quels sont les plus belles success stories ?

Au-delà du style du bijou, les success stories sont souvent liées à de fortes personnalités. Comme Aurélie Bidermann il y a quelque années, Charlotte Chesnais (connue pour ses pièces filaires sculpturales) incarne sa marque : elle a travaillé dans une maison de couture, elle a de bonnes connections, etc. En plus d’avoir imaginé un très bon concept (la réalisation d’un bijou grâce à un simple fil d’or), Anne-Sophie Baillet la créatrice d’Atelier Paulin, est hyper dynamique : sa collaboration avec Lancôme a par exemple été une réussite. Parmi les autres beaux succès, figurent également Room Service avec ses pierres de couleur, Gaia Repossi ou encore Maria Tash, spécialiste du piercing qui a connu un immense succès lors de l’expo « So Punk Rive Gauche ».

 

Quelle est, selon vous, la grande tendance ?

Justement ce que proposent Maria Tash et Atelier Paulin : la personnalisation associée à l’expérience. Chez Atelier Paulin, par exemple, le bijou peut être fait en live par un artisan à son établi selon le souhait de la cliente dont on sollicite la créativité. Une idée formidable à laquelle nous tenons particulièrement au Bon Marché.

 

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