Pour sa première collaboration avec la Galerie MiniMasterpiece, Marion Vidal présente la collection « Précieux Bambou ». Une collection initiée au Japon, lors de sa résidence de recherche artistique à la Villa Kujoyama en 2025.
Par Sandrine Merle.
À rebours du précieux, Marion Vidal s’est intéressée à la céramique, au marbre, au bois ou au plexiglas. Aujourd’hui, elle explore les possibilités du bambou, un végétal caractérisé par un chaume creux de différents diamètres. Il joue un rôle central au Japon où il pousse vite et droit. Il se plie à d’innombrables usages : décorer, cuisiner, manger, ranger, nettoyer, dormir, se défendre, construire. Il apparaît aussi comme motif artistique ou comme sujet symbolique : intégrité et honnêteté, constance, piété familiale, etc. On le trouve convoqué dans métaphores, contes et dictons populaires. « Le bambou est honnête, il montre tout », dit-on.
Immersion dans la matière
« Cette collection est le résultat de 5 mois d’immersion totale dans la matière », explique Marion Vidal. Grâce à la Villa Kujoyama, elle expérimente ce végétal que l’on dit souple comme le vent, solide comme le métal… À Kyoto, à Osaka ou encore à Nara, elle se confronte à ses infinies possibilités lors d’initiations au kyudo (tir à l’arc) ou encore à la fabrication de fouet à matcha. « Un objet à l’échelle du bijou », note-t-elle. Elle coupe les jeunes pousses avec un groupe de bénévoles chargé de la protection du bambou. Elle s’initie au tressage chez le célèbre Tanabe Chikuunsai IV (Chikuunsai signifiant « nuage de bambou ») descendant d’un grand lignage artistique et l’un des seuls maîtres à conserver un atelier. Il l’incite à se laisser guider par le sens des fibres, les nœuds, la souplesse… Elle étudie également les typologies en bambou dans l’histoire de l’objet et du mobilier au cours de ses visites dans les musées d’arts traditionnels.
Noir et or
Tout bambou ne fait pas l’affaire, les tresseurs japonais n’en utilisent qu’une douzaine sur près de 500 référencés dans le pays. Marion Vidal a sélectionné le kurochiku une variété de bambou naturellement noir. À bien différencier du susudake un bambou de suie qui, placé au-dessus du foyer ouvert (irori), a pris une patine foncée qui le rend particulièrement précieux. « Cependant je voulais à tout prix éviter l’écueil du rustique », insiste-t-elle. Le chaume est fendu en fonction de l’emplacement des veines comme dans le travail du marbre. Puis il est aplati, cintré, courbé à la vapeur chaude pour obtenir des formes très dessinées, sculpturales et organiques à la fois. Ont surgi de ce protocole très délicat et parsemé d’écueils, un spectaculaire collier plastron, des pendentifs, des bagues, des boucles d’oreilles où l’or jaune vient faire vibrer les plats et les courbes, les clair-obscur, les pleins et les vides du chaume.
Ce travail s’inscrit dans une démarche au long cours sur le Japon à l’occasion de laquelle elle travaille avec tisserand d’obijime, sérigraphe, laqueur, doreur à la feuille d’or, etc. Son nouvel opus, absolument remarquable, « Précieux Bambou », est à découvrir à la galerie MiniMasterpiece.
« Précieux Bambou » du 27 mars au 22 mai 2026 à la galerie MiniMasterpiece
* Depuis 2014, la Fondation Bettencourt Schueller est mécène de la Villa Kujoyama.
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