Itinéraires joailliers

28 juillet 2017

Le musée Provençal du Costume et du Bijou

Après plusieurs mois de rénovation, ce musée familial dédié à la mode provençale du XVIIIe et XIXe siècle présente également une vingtaine de bijoux d’une incroyable richesse.

Installé dans l’hôtel particulier de Clapier-Cabris, en plein cœur de Grasse, ce ravissant musée est dirigé par Agnès et Françoise Costa, également à la tête de la maison Fragonard. Leur mère, Hélène Costa, l’a créé il y a tout juste 20 ans pour exposer les costumes provençaux collectionnés pendant des années. Elle a sillonné la région à la recherche des plus belles pièces textiles : jupes piquées, caracos à taille haute et manches étroites, corsets, robes, capes et fichus imprimés qu’elle portait, elle-même, lors de fêtes traditionnelles. Elle a également acquis quelques bijoux typiques, infiniment émouvants.

 

L’art de paraître en Provence

Le bijou régional se démocratise en Provence bien plus tôt que dans les autres provinces, dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Car la région est particulièrement prospère, elle bénéficie entre autres du commerce des indiennes avec l’activité intense du port franc de Marseille. Arles est considérée comme la ville de la coquetterie et de l’élégance dont témoignent les toiles d’Antoine Raspal. Les récits de voyageurs en diligence évoquent les Arlésiennes qui « ornent leur bras d’anneaux d’or semblables aux bracelets des anciennes Romaines et sur leur sein pend une longue croix de même métal, enjolivée de diverses manières et toujours enrichie d’une étoile en émail » ou « dont la vanité a ruiné plus d’une famille qui n’a pas craint de mettre plus de 100 louis dans une croix en diamants » (cf. Bijoux des régions de France de Claudette Joannis).

 

Bijoux de vêture

À l’entrée de la pièce consacrée aux bijoux, la richesse du travail s’impose, avec sur un mur l’accumulation d’accroches de capes et de boucles de ceintures en argent ou en fer, ciselé et découpé, figurant coquillages, fleurs et écussons. « Ils évoquent les ex-voto d’une église provençale », explique Clément Trouche, historien de l’art et spécialiste du costume d’Arles. « On peut y déceler l’influence orientale favorisée par le commerce maritime. » S’y trouve également une série de claviers, crochet auquel pendait une chaîne double terminée par deux S. Inspirés de la châtelaine plus aristocratique et dont le musée présente un exemplaire émaillé, ils se glissaient à la ceinture de la jupe pour tenir ciseaux, petites clés d’armoires et nécessaires de couture.

 

Les croix

Dans une Provence catholique, toutes les femmes, paysannes, artisanes et aristocrates, portent une croix suspendue à un ruban de soie ou de velours noir, haut placé sur le cou. Dans les vitrines, une dizaine illustre la richesse des matériaux, des formes, des tailles et des techniques comme des échos aux tissus, aux couleurs et aux plis des costumes. Il y a une « Dévote », une « Maintenon », une « Capucine » dont le coulant est en forme de croix de Saint-André, une « Papillon » articulée et trois Maltaise, la plus célèbre. À huit branches émaillées de noir et de blanc, elle est une réinterprétation de l’insigne des chevaliers de l’ordre de Malte venus en Arles au XIIe siècle.

 

Les poissardes

Dès que cessa la mode des coiffes enveloppant le visage, les Provençales adoptèrent des pendants d’oreilles dont les poissardes présentées dans le musée. Très imagé, le terme désigne les modèles portés par les marchandes de poisson à la halle de la cité phocéenne. Version ovale des créoles aux dimensions parfois extraordinaires, elles se reconnaissent à leur entretoise en forme de S et à l’avant, au décor émaillé, finement ouvragé, orné de perles de corail ou de diamants pour les plus riches.

 

Le coulas, le bijou provençal

Descendant du torque antique, ce jonc en or d’une extrême simplicité est le bijou le plus emblématique de la Provence. Contrairement à la croix, on ne le trouve nulle part ailleurs en France. Porté par toutes les Arlésiennes, exceptées les aristocrates, il est orné d’une croix de Malte comme sur le tableau L’Arlésienne aux œillets d’Antoine Raspal ou d’une médaille à motifs incisés. « Le musée Provençal du Costume et du Bijou possède l’un des deux seuls coulas répertoriés aujourd’hui, l’autre étant au musée Réattu d’Arles », précise Clément Trouche. Offert dans la corbeille de mariage comme réserve pécuniaire, il était fondu en cas de besoin.

 

 

2, rue Jean Ossola 06130 Grasse – Entrée libre, ouvert tous les jours de 10h00 à 18h00.

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