Itinéraires joailliers

06 avril 2016

Les montres chinoises du musée Patek Philippe, à Genève

Inauguré en novembre 2001, ce musée présente la collection privée de la famille Stern (actuel propriétaire de Patek Philippe), l’une des plus belles au monde. Parmi plus de 2 000 merveilles, attardons-nous sur les montres dites « chinoises ».

Les liens de l’horlogerie européenne avec la Chine ne datent pas d’hier… C’est surprenant : ils remontent à Louis IX pour atteindre leur apogée au XVIIIe siècle. Les montres fabriquées à Genève ou à Londres sont alors particulièrement appréciées à la cour impériale de Pékin. Dites « chinoises », elles témoignent de l’extraordinaire savoir-faire des horlogers, orfèvres, émailleurs et graveurs européens comme Piguet & Meylan, Bovet, William Anthony, James Cox. Les cadrans sont richement décorés, émaillés, sertis de perles, symbole de bonheur. Les motifs religieux comme la Vierge ou l’auréole disparaissent au profit de scènes mythologiques ou inspirées par des tableaux de peintres comme Vigée-Lebrun. Ils sont intégrés dans des boîtiers en forme de fleurs, des flacons à parfum en or, argent, diamant et en agate herborisée. Certaines montres sont dotées de carillons ou d’automates.

Encore plus surprenant : la plupart de ces montres vont par deux. Elles sont identiques ou à décor inversé. Pourquoi ? C’est encore un mystère pour les historiens. Certains estiment qu’il s’agit d’une simple attirance pour la symétrie. D’autres pensent qu’il s’agissait de remplacer l’une par l’autre au cas où il faudrait la renvoyer pour réparation. Car à l’époque, il faut des mois, voire des années, pour faire un aller-retour Canton-Genève, seul endroit en Chine où l’on peut importer des marchandises étrangères. Les montres sont chargées sur des sampans qui remontent alors la rivière des Perles jusqu’à Macao où elles embarquent sur des navires anglais et français. Aujourd’hui, ces montres « chinoises » du musée Patek Philippe (plus de vingt paires et une douzaine de pièces uniques) font figure de trésors rarissimes : à partir du milieu du XIXe siècle, avec les guerres de l’opium, le sac du palais d’Été ou encore la révolte des Boxers, les montres sont vendues séparément, perdues, abîmées ou volées.

Plus d’un siècle plus tard, elles font incroyablement écho aux modèles contemporains destinés aux clients asiatiques.

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