Itinéraires joailliers

04 mars 2016

René Lalique au Gulbenkian

Cette collection de bijoux René Lalique, joaillier de l’Art nouveau, est la plus splendide au monde. Avec celle de la galerie des Bijoux, au musée des Arts décoratifs, à Paris.

L’excentricité et la fragilité des bijoux de René Lalique les rendaient importables par les femmes de la Belle Époque, exception faite de quelques figures de l’élite financière et artistique comme la comédienne Sarah Bernhardt, la comtesse Greffulhe ou encore la demi-mondaine Liane de Pougy. Le financier et magnat du pétrole d’origine arménienne, Calouste Gulbenkian, les achetait, lui, pour les exposer dans les vitrines de son hôtel particulier de l’avenue d’Iéna, à Paris. Et rares étaient ceux à pouvoir les admirer car il les gardait jalousement à l’abri des regards comme les « femmes d’un harem ». Exposée dans la dernière salle du musée Gulbenkian à Lisbonne, cette collection s’offre aujourd’hui au regard de tous.

À couper le souffle, les bijoux qui datent du début du XXe siècle illustrent parfaitement la singularité du joaillier, son sens de l’observation doublé d’une imagination fantasque. Il est considéré comme l’inventeur du bijou moderne, en rupture avec le bijou statutaire et sans âme. Devant de corsage, chocker, peigne mettent en lumière l’originalité des matériaux, jamais ou peu utilisés jusqu’alors en joaillerie, comme la corne, l’ivoire, l’émail translucide, le verre, les pierres ornementales. Il raffole des profondeurs vitreuses de la pierre de lune qui lui inspira ses recherches ultérieures sur le verre. Ces bijoux ne sont pas de ceux dont on démonte les pierres précieuses, pour les sertir à nouveau.

Tous dégagent une beauté inquiétante. Ils peuvent presque être repoussants quand ils entrent en correspondance avec des chardons, des algues et des pavots tentaculaires et piquants inspirés de l’art japonais. Certains flirtent avec la flétrissure. Ils affichent un érotisme unique dans le bijou. Les nymphes, sylphides, guerrières casquées et cuirassées traduisent l’obsession de l’artiste pour les corps lascifs et provocants. Ces derniers se métamorphosent en orchidée, en paon ou en libellule comme sur ce devant de corsage, placé en majesté au centre de la pièce. Un bestiaire jugé répugnant, chauves-souris, guêpes, crapauds ornent le décolleté, la chevelure. L’orchidée avec ses pétales ondulants et veloutés en or et pierres précieuses, en ivoire, célèbre avec élégance et poésie, le sexe féminin. La visite de la Fondation Calouste Gulbenkian se termine dans un univers émouvant, délicieusement pervers et décadent.

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