Itinéraires joailliers

11 octobre 2017

Hillwood Museum, la maison de Marjorie Merriweather Post

À partir de 1959, cette héritière américaine vit dans un manoir néo-géorgien qu’elle a conçu comme un musée, pour le léguer à sa mort au Smithsonian. Il est rempli de ses collections d’art décoratif et de bijoux.

Cette banlieue chic et tranquille de Washington est encore rurale quand Marjorie Post y acquiert ce manoir. Typique de la côte Est, il est en briques rouges avec un tympan reposant sur des colonnes doriques, une immense pelouse, un jardin XVIIIe. Le somptueux parc fermé, une forêt de rhododendrons, d’azalées, de magnolias et de sapins le protège de l’agitation extérieure… Et plonge le visiteur dans un autre monde.

 

Extravagante accumulation

À l’intérieur du manoir, s’accumulent des milliers et des milliers d’objets, des assiettes et des figurines en porcelaine, des verres, des boîtes, des tableaux tapissant les murs, des vases et des cadres posés sur le piano et les consoles en marqueterie. Dans l’escalier majestueux, trône le portrait de Catherine II. Au fur et à mesure de la visite, cette accumulation fascine, oppresse, émerveille, donne le vertige… Rien ne semble avoir bougé. Les bouquets de fleurs sur les tables sont composés chaque jour d’après les photos d’archives avec des fleurs de la serre. On s’attend à voir l’héritière surgir en robe de cocktail, parée de l’un des somptueux bijoux Cartier dont elle était la plus grande des clientes américaines.

 

Une fortune colossale

Dès qu’elle aménage ce « musée », elle a l’idée de le léguer au Smithsonian. Le commun des mortels a du mal à imaginer les moyens illimités dont Marjorie Post disposait. À 27 ans, elle est la femme la plus riche du pays car elle hérite de la fortune de son père, roi des céréales et fondateur de la future General Foods Corporation. Ayant en plus un sens aiguisé des affaires, elle investit notamment dans la société qui a inventé le surgelé. Elle mène un train de vie royal avec ses contemporains : boat parties, cocktails, bals costumés, etc. Elle dispose de multiples résidences dont la propriété de Mar-a-Lago à Palm Beach et le premier et plus grand penthouse new-yorkais dans son immeuble de la Ve Avenue.

 

La salle des icônes, la Russie à Washington

Au rez-de-chaussée, l’amateur de joaillerie s’attarde dans cette salle conçue comme un cabinet de curiosités russes pour accueillir les petits objets précieux : calices, icônes, boîtes, médailles et les 80 créations de Carl Fabergé. Au centre de la pièce marqué par un parquet en marqueterie de bois figurant les armoiries, sont placés deux des œufs mythiques. C’est magique de se retrouver seule dans cette pièce, de pouvoir examiner à quelques centimètres le travail minutieux et légendaire du joaillier. Sous le portrait de Nicolas II, on imagine ce dernier en train de les offrir à sa mère Alexandra Fedorovna.

 

La plus belle collection privée du XXe siècle

Contrairement à celle de Daisy Fellowes ou de la duchesse de Windsor, la collection n’a pas été dispersée après sa mort. Des pièces ont été vendues en 1981 et en 1982 chez Christie’s mais, dès les années 1960, elle a légué des pièces majeures au Smithsonian comme l’émeraude ayant appartenu à Maximilien, les boucles d’oreilles de Marie-Antoinette, le diadème en turquoise de l’impératrice Marie-Louise (visibles dans l’exposition) ou encore le diamant bleu taillé en forme de cœur acheté seulement deux mois plus tôt à Harry Winston. C’est d’ailleurs en grande partie grâce à elle que la National Gem Collection du musée de Minéralogie a vu le jour.

 

L’exposition « Spectacular » (diaporama horizontal)

En ce moment, dans la cabane rustique au fond du jardin, rappelant sa résidence d’été des Adirondacks, sont exposés une vingtaine de bijoux exceptionnels dont :

– la broche en émeraudes gravées, le collier en saphirs et la parure en améthystes et turquoises Cartier, son joaillier de prédilection dès les années 1920.

– des pièces historiques comme le diadème et le collier ayant appartenu à l’impératrice Marie-Louise. Passionnée et consciente que ces bijoux sont des investissements, elle charge son curator de mener des enquêtes sur ces provenances royales.

– la tiare en diamants blancs et jaunes de 1830 offerte par son mari Joseph E. Davies, fait rarissime car Marjorie Post s’offre elle-même ses bijoux.

 

Confidentielle, cette maison offre une véritable parenthèse enchantée dans l’univers de l’aristocratie américaine du XXe siècle.

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