24 août 2017

Bois précieux

Le bois n’est pas spontanément associé au bijou et pourtant…

Le bois est peu présent chez les joailliers de la place Vendôme hormis quelques pièces chez Boucheron et Van Cleef & Arpels qui l’a décliné en « Alhambra ». Dans les années 1970, la maison René Boivin l’a aussi utilisé. En revanche, il permet aux créateurs contemporains de s’affranchir des matériaux traditionnels que sont l’or et les pierres précieuses. Chez Marianne Anselin, Gustav Reyes, Florian Ladstaetter, Fabrizio Bonvicini ou encore Ron Boyd, il questionne la notion de précieux.

 

Un naturel graphique

Tous mettent en lumière les expressions visuelles du bois qui se décline en plus de 50 000 espèces sur notre planète. La diversité des couleurs et des veines forme des motifs incroyablement graphiques comme de grandes ellipses. Elles évoquent aussi des motifs poétiques réalisés à l’encre de Chine. La texture du bois de palmier est comme « pixelisée », celle du bois d’amourette veinée et tigrée, celle du thuya plutôt marbrée. Chaque bois a sa couleur, son grain, sa rugosité. Et comme il est vivant, chaque morceau présente des défauts et des nœuds différents.

 

Un dialogue sensuel

Le bois poli et cintré comme chez Christofle (l’une des seules grandes marques à l’utiliser) appelle irrésistiblement la main qui veut en apprécier la douceur ou l’aspérité chez Fabrizio Bonvicini. Les colliers monumentaux de Dorothea Prühl formés par des ailes de bois enfilées sur un cordon de coton titillent l’oreille, « lorsqu’elles s’entrechoquent forment une mélodie sourde », explique-t-elle. Le bois a aussi une odeur que l’on s’attend à percevoir lorsque l’on s’approche du bijou de Marianne Anselin ou de Fabrizio Bonvicini.

 

Entre artisanat et expérimentations

Le bijou en bois échappe à la standardisation, à l’idée d’un moule et d’un objet reproduit à l’infini… Son unicité, sa préciosité, tiennent aux intentions et aux gestes de l’artisan. Le tressage de bambou chez Tina Chow évoque les spectaculaires échafaudages asiatiques. La découpe au laser chez Anthony Roussel laisse une trace noire, comme un trait de crayon sur ces bracelets-sculptures. L’incrustation de turquoise chez Samantha Nania rappelle une marqueterie d’art. Grâce à un travail incroyable de ciselage, les artisans de Selim Mouzannar réussissent à créer une illusion d’optique : au premier regard, l’ébène s’apparente davantage à du métal rouillé.

 

Une dimension éthique

Au moment où l’on ne parle que de luxe éthique, le bois a l’avantage d’être facilement accessible dans la nature sans occasionner d’importants dommages environnementaux, contrairement aux pierres et aux métaux. Marianne Anselin ramasse ses branches de cerisier du Japon dans le jardin de ses parents. L’Italien Simone Frabboni, fan de skateboard, redonne vie à de vieilles planches. Les Américains y sont particulièrement sensibles, comme Samantha Nania : elle recycle des chutes de bois provenant notamment d’un producteur de meubles installé près de chez elle.

 

Le designer à connaître

Le Chicagoan Gustav Reyes a une approche quasi-philosophique du bois dont il compare l’existence éphémère à la nôtre. Il a découvert ce matériau enfant en accompagnant son père, charpentier, sur les chantiers. Aux premières créations et aux solitaires en bois de rose, ont succédé des sculptures à porter époustouflantes réalisées dans des bois récupérés : anciens instruments de musique ou battes de baseball, etc. Celui qui se considère davantage comme ébéniste que créateur de bijoux cintre le chêne ou le noyer, selon la technique inventée par Thonet pour sa fameuse chaise. Il obtient des anneaux réunis en sautoirs XXL, déploie des tiges dans l’espace, les rend aussi souples qu’un ressort et les enroule. Certaines de ses pièces figurent aujourd’hui au musée dont le MAD (musée des Arts et du Design), à New York.

 

Image en une : atelier de Samantha Nania

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