03 juillet 2018

Artcurial, masterpieces de la vente joaillerie à Monaco

La vente de joaillerie Artcurial qui aura lieu à l’hôtel Hermitage de Monaco, les 18 et 19 juillet prochains, propose des bijoux exceptionnels. Voici les textes que j’ai écrits pour accompagner certains d’entre d’eux dans le catalogue.

 

Henri Vever

Les bijoux de la maison française Vever sont rares : il n’en passe pas plus de deux ou trois par an dans les ventes aux enchères. Cette broche-pendentif est emblématique du style Art nouveau inspiré par la femme, la nature, la flore et la faune. Dans le symbolisme ambiant, Henri Vever imagine un pendentif-broche figurant une femme-libellule. Double lecture, nouvelle formule de la beauté presqu’inquiétante. Dans les méandres des lignes, apparaissent des antennes qui se prolongent en vêtement composé d’un patchwork géométriques de bleus et de verts. Une sorte de cape qui confond avec les ailes polychromes de l’insecte. Henri Vever capture l’instant éphémère de cette métamorphose grâce au travail de l’or ciselé et de l’émail, technique dans laquelle il excelle.

Installé rue de la Paix, ce joaillier passionné par les mutations de son époque, participa à l’émergence du « bijou moderne » affranchi de toute référence historique. Moins connu du grand public que René Lalique, il n’en fut pas moins l’un des acteurs majeurs de la période Art nouveau.

 

La « Trinity » de Cartier

Reconnaissable au premier coup d’œil, la bague Trinity est considérée comme LE bijou Cartier. Créée par la maison, elle est formée par trois anneaux en or de couleurs différentes. L’un est gris pour l’amitié, le deuxième jaune pour la fidélité, le dernier rose pour l’amour. En 1924, Jean Cocteau l’offre à Radiguet : propulsée dans la lumière, cette bague devient un immense succès commercial. Mais elle n’est pas devenue une icône en un jour… Il a fallu de nombreuses variantes : elle a été déclinée en céramique ou stylisée en baguettes tricolores. Au fil du temps, elle a été transformée en bracelet, en montre ou en pendentif. Certains modèles ont été édités en très petites séries. Elle a finalement été associée à des événements et des personnalités internationales comme le duc de Windsor. Au-delà de tout phénomène de mode, la Trinity s’est inscrite dans le temps.

 

Les années 70

Avec les seventies, le bijou n’est plus réservé aux grandes occasions. Diamant, émeraude et saphir sont délaissés au profit de pierres qui ne réfractent pas la lumière et qui ne brillent pas comme le corail, le lapis-lazuli ou la malachite. Sophistiqué tout en étant amusant, le bijou devient l’apanage des jet-setteuses qui portent de longs sautoirs polychromes sur leur djellaba au bord de la piscine à Marrakech. Cette nouvelle notion de portabilité se traduit aussi par la quasi-disparition du platine et de l’or blanc. Place à l’or jaune, traditionnellement associé au bijou de jour : il est ciselé, froissé, martelé ou granulé. Ces ors texturisés par la main de l’homme ne sont pas là par hasard : ils traduisent le désir de privilégier le temps à l’argent, ils sont de véritables manifestes contre les produits fabriqués à la chaîne. Cette importance phénoménale que les années 70 accordent à l’artisanat fait aujourd’hui plus que jamais sens.

 

Codognato, l’âme de Venise

Les Codognato sont des enfants de Venise, la famille y est établie depuis 1866. Depuis 4 générations, imprégnés du patrimoine de la Sérénissime, des palais antiques, des coupoles d’or et des mosaïques, les Codognato réinterprètent les éléments anciens. Ils font la synthèse des merveilles byzantine, gothique, baroque ou encore classique qui les entourent. Les plus belles curiosités viennent de cette maison : camées gravés dans le cristal de roche, têtes de mort en émail polychrome rappelant la brièveté de la vie, serpents d’or aux yeux d’émeraudes qui se lovent et se mêlent, morettiau visage de corail ou d’ébène coiffés de turban majestueux. Joyaux oniriques pour d’excentriques et audacieuses élégantes de tous les continents. Des connaisseuses comme Coco Chanel, Diana Vreeland, la comtesse Volpi, la reine Victoria.

 

La rivière Harry Winston

Le joaillier américain Harry Winston a toujours eu un lien particulier avec les émeraudes. A 12 ans, il achète une pierre verte perdue dans la vitrine d’un prêteur sur gage pour 25 cents… Il s’agit en fait d’une émeraude qu’il revend deux jours plus tard 800 dollars dans la boutique de son père. Cette rivière est composée de cinq émeraudes rectangles et piriformes gansées de diamants tout aussi variés dans leur taille. Illustration parfaite du vocabulaire stylistique d’Harry Winston, ce collier aux proportions parfaites ressemble à une guirlande, son motif fétiche. L’utilisation minimum de métal crée l’illusion que les pierres flottent dans l’air. Des pierres majestueusement agencées dissimulent de micro-articulations… D’une souplesse incroyable, le collier s’effondre littéralement dans la main.

 

Le « Bone » d’Elsa Peretti

Le bracelet Bone en argent est considéré comme novateur au point de figurer dans la collection du Bristish Museum. Mis au point dans les années 70 pour Tiffany&Co, il adopte la courbe du poignet et s’adapte aux protubérances osseuses. Il n’est pas interchangeable, à l’instar d’une chaussure. Certains, comme celui-ci, sont conçus pour se porter à gauche. D’autres sont faits pour le poignet droit. En osmose parfaite avec l’anatomie, le Bone s’apparente à une sculpture futuriste. Il faut le considérer comme le premier bijou body conscious dans la lignée duquel s’inscrivent aujourd’hui moult modèles.

 

Le sac du soir Cartier

Ce sac est un bijou en brocart de soie. Sa monture en nacre est surmontée d’un fermoir figurant un chien de Fô en lapis-lazuli. Qu’il soit dans cette vente, en parfait état, relève du miracle car l’étoffe, très fragile, résiste mal aux manipulations. Véritable pièce de musée, ses motifs floraux polychromes d’inspiration orientale disent dans ces années-là, l’appétence de Cartier pour les cultures lointaines. Les frères Louis et Jacques voyagent et sont de grands collectionneurs d’art égyptien ou encore Perse. Suffisamment grand pour contenir un mouchoir, un peu d’argent, un rouge à lèvres et un poudrier, il ravive l’ambiance des années 20, quand les femmes habillées en Poiret commençaient à s’émanciper. Un monde de convenances, de gestes élégants et de rituels disparus.

 

« Alhambra » a 50 ans

La première pièce de la collection Alhambra est née il y a tout juste 50 ans, en 1968 : il s’agissait d’un sautoir composé de 20 fleurs quadrilobées inspirées du trèfle à quatre feuilles. En or froissé bordé de petites perles d’or, il répondait à l’air du temps, à l’envie d’ailleurs et de liberté. « Pour tous les jours, et pour les femmes de goût », scandait une publicité de l’époque. Les versions des années 70 de ce sautoir restent bien sûr, les plus prisées. Au fur et à mesure, il a été décliné en des dizaines de matériaux : corail, lapis-lazuli, œil-de-tigre, nacre blanche ou gris, onyx ou encore malachite. Il a aussi été réalisé en bois d’amourette. A collectionner et à additionner sans limite.

 

Les bijoux d’artiste

Porté par l’engouement pour l’art contemporain et les expositions de la collection de Diane Venet, le bijou d’artiste a la cote. Ce dernier a commencé à faire parler de lui dans les années 70 avec Jean Dinh Van qui expose le sein-pendentif de César, moulé sur une danseuse du Crazy Horse puis miniaturisé. Avec le bijou, les artistes se confrontent à de nouvelles contraintes. César ne compresse plus seulement les voitures mais des gourmettes, des bagues et des colliers métamorphosés en pendentifs. Picasso réalise des colliers en coquillages pour Dora Maar et des médaillons en or d’après ses modèles en céramique. Arman accumule des éléments de montre et des micro-instruments de musique. Plus récemment, Jeff Koons a réduit son « Rabbit » tandis que Jacqueline de Jong, elle, travaille à partir de germes de pommes de terre. A aucun moment, il n’est question de produire le bijou en série : chacun est en général édité en quelques exemplaires ou en pièce unique.

 

Japon, la folie du diadème

Le Japon est aujourd’hui l’un des pays les plus friands de diadèmes. Sans doute parce que le pays a une longue tradition du bijou de cheveux. Le kimono très couvrant, avec des manches ultra longues, laissant peu de place aux bracelets et aux colliers. Il y est apparu la première fois en 1889, pendant l’ère Meiji : lors des représentations officielles, l’impératrice avait abandonné sa robe traditionnelle au profit d’un manteau de cour et d’un diadème pour réchauffer les relations diplomatiques avec l’Occident. Le plus grand collectionneur de diadèmes, qui a déclenché l’engouement pour ce bijou au début des années 2000, est lui aussi japonais. Quant aux jeunes femmes, elles en portent fréquemment le jour de leur mariage, au point que certains joailliers de Tokyo proposent un prêt à leurs clientes. Celui-ci pourrait donc partir pour le pays du Soleil Levant…

 

 

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