10 juin 2016

Voyages ethno-joailliers

L’ailleurs… Pour suivre ce cap, voici douze bijoux emblématiques de ce thème fétiche de la joaillerie.

 

1. Lalique et le japonisme

La culture japonaise mise à l’honneur à l’Exposition Universelle de 1867 bouleverse les conventions esthétiques et change le regard des artistes. Lalique doit son premier triomphe à une série de peignes en corne et en ivoire incrustés de pierres et rehaussés de motifs floraux émaillés qui s’inspirent de l’art nippon. Dans son travail, les chrysanthèmes font écho aux hortensias et aux motifs d’hirondelle.

 

2. L’Égypte de Van Cleef & Arpels

La période la plus friande d’exotisme est celle de l’Art déco. Dans les années 20, la découverte de la tombe de Toutankhamon engendre nombre de bijoux inspirés par l’Égypte. Sur ce bracelet, est restituée la beauté des scènes peintes de ce tombeau avec des figures de profil agenouillées s’agrémentant de symboles comme la fleur de lotus, le sphinx, le dieu Horus.

 

3. Le Tutti Frutti de Cartier

Au début des années 30, Cartier crée le Tutti Frutti. Devenu mythique, ce bijou est le fruit d’une combinaison d’émeraudes gravées autrefois possessions des empereurs moghols, de boules de rubis, de saphirs polis en cabochons et de diamants dans un entrelacs de branchages. Empruntant à l’émail indien, vert, rouge et blanc, le tout forme à l’époque un mélange de couleurs inédit dans la joaillerie.

 

4. Le Cluster d’Harry Winston

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces bracelets sont inspirés par l’ailleurs. Ils sont les héritiers d’une idée née dans les années 1950 à 1970, alors que le joaillier américain est en Inde pour racheter les pierres des maharadjas. Il y rencontre le designer indien Shinde qu’il fait venir à New York et qui réussit la synthèse des bijoux locaux et de ceux à l’esthétique ultra minimaliste d’Harry Winston : le cluster représentant des grappes et des bouquets stylisés.

 

5. Les couleurs indiennes de Bulgari

Dans les années 70, la quête de voyages initiatiques se traduit par une grande mode de l’Inde, de l’Extrême-Orient et de l’Amérique. Le joaillier italien initie un style de bijoux directement issu du style indien avec des pierres polies en cabochons, des combinaisons hardies de couleurs et des montures arrondies et lisses.

 

6. Marie-Hélène de Taillac à Jaipur

Au début des années 2000, le pouvoir évocateur de l’Inde reste toujours puissant. À Jaipur, Marie-Hélène de Taillac investit le Gem Palace, ce lieu où des lapidaires indiens accroupis devant leur outil ancestral sont cernés par des sacs emplis de pierres brutes. Elle y emprunte des savoir-faire et des techniques qu’elle infuse dans des créations modernes et faciles à porter. Elle y découvre la richesse chromatique des pierres précieuses ou encore la briolette, une taille en forme de goutte entièrement facettée pour mieux attraper la lumière.

 

7. L’Amazonie de H. Stern

En 2004, Roberto, le fils du joaillier brésilien, a séjourné chez les Indiens d’Amazonie. Il a travaillé avec un chef de tribu et un sociologue sur leurs mythes, leurs légendes, etc. C’est ainsi qu’est née la collection « Purangaw » – beauté en Tupi-Guarani – dont fait partie le pendentif bâton de pluie en or dont les billes composent un son similaire à celui qui permet aux danseurs d’entrer en transe. Sur le bracelet, sous les plumettes d’or évoquant l’épopée du dieu Ratan, se dissimule un crapaud d’or symbole de fertilité.

 

8. Les royaumes imaginaires de Victoire de Castellane pour Dior Joaillerie

Les moyens de communication n’ont pas tué le fantasme de l’ailleurs qui se déplace et se transforme. En 2009, Victoire de Castellane nous transporte dans des royaumes inconnus aux noms évoquant des pierres précieuses. Les pendentifs et les bagues colorés se nomment Roi de Charoïte, Reine de Quartzor, d’Opalie ou encore de Crocidolior.

 

9. Les piercings de Pristine

La créatrice de la marque, Lauren Rubinski, réinterprète le piercing tribal avec des boucles d’oreilles comme des lances, de simples tiges d’or plantées dans le lobe de l’oreille. Épurées et très graphiques, les unes se déclinent en diamants noirs et blancs, les autres avec des perles.

 

10. Le Pérou de Daniela Villegas

En 2014, la créatrice mexicaine, invitée à un voyage d’inspiration par l’office du tourisme du Pérou, a dédié une collection entière à ce pays. On y retrouve le lama et le cochon d’Inde transformés en pendentif ou des motifs cérémoniels retranscrits en or sur un bracelet en émail. La pièce maîtresse, le collier formé par une chrysoprase entourée de feuilles de coca et d’insectes en or, évoque, lui, le Machu Picchu.

 

11. Les voyages spatio-temporels de Marc Auclert

Des éléments anciens et antiques constituent le point de départ de chacun de ses bijoux. Amulettes de fertilité en quartzite rose de Syrie du IIe siècle avant J.-C., pièces de monnaie celtes, sceaux d’officier chinois du IIIe siècle, couple de tigres extrait d’un ornement de poignée de sabre japonais du XVIIe siècle : tous sont des invitations aux voyages aussi bien géographiques que temporels.

 

12. L’univers d’Elie Top

L’exotisme a changé de cap. Les bijoux d’Elie Top racontent l’univers, un nouvel ailleurs peuplé d’étoiles et d’astres. Les bijoux sont formés par des orbites serties de diamants, articulées et imbriquées les unes dans les autres autour d’un axe. Ils se nomment Pluton, Soucoupe volante, Cinq planètes, etc. Entre figuratif et abstraction, poésie et rigueur scientifique.

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